
La loupe nutritionnelle, symbole exigé par Santé Canada et apposé sur l’emballage des aliments avec une teneur excessive en sel, en sucre ou en gras saturés, peut-elle être un levier simple pour prévenir les maladies cardiovasculaires ? Une étude menée par une équipe de l’Université Laval conclut qu’il s’agit en effet d’un outil prometteur pour améliorer l’alimentation et contribuer à la santé du cœur.
Dans l’étude parue récemment dans la revue The American Journal of Clinical Nutrition, les scientifiques ont montré qu’une diminution de seulement 10 % de la consommation d’aliments étiquetés avec la loupe était bénéfique. « Si votre panier d’épicerie compte 10 produits qui portent la loupe, en remplacer qu’un seul par un équivalent sans loupe pourrait procurer des bénéfices sur la santé à long terme », illustre le responsable de l’étude, Jean-Philippe Drouin-Chartier, professeur à la Faculté de pharmacie de l’Université Laval et chercheur affilié au centre NUTRISS de l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels.
Puisque la loupe nutritionnelle n’est devenue obligatoire qu’en janvier 2026, l’équipe de recherche n’a pas pu mesurer directement ses effets. Elle a plutôt simulé ce que donnerait une diminution de 10 % de la consommation d’aliments qui porteraient aujourd’hui la loupe. Pour ce faire, les scientifiques ont analysé les données de 2123 Québécoises et Québécois de la cohorte CARTaGENE ayant un problème de cholestérol ou de pression artérielle chez qui l’alimentation a été mesurée en 2011. Parmi les 285 aliments considérés à l’époque, 99 porteraient aujourd’hui la loupe nutritionnelle : 57 % d’entre eux étaient trop salés, 42 % trop gras et 30 % trop sucrés. Certains aliments entraient dans plus d’une catégorie.
En comparant la proportion de ces aliments problématiques dans la diète des personnes de la cohorte, l’équipe a observé que les personnes qui en consommaient le moins étaient les moins à risque de développer une maladie cardiovasculaire. Les résultats suggèrent qu’une réduction de 10 % faisait une différence, peu importe le niveau de consommation de départ, rapporte le professeur Drouin-Chartier.
L’équipe de recherche a aussi montré qu’un changement de diète, jumelé à la prise de médicaments prescrits pour le cholestérol ou la pression, procurait une protection optimale. Les deux approches sont complémentaires. « Un médicament va cibler une seule chose, le cholestérol par exemple. Diminuer la consommation d’aliments avec la loupe risque d’améliorer le cholestérol, la pression artérielle et la glycémie, qui sont tous des facteurs de risque de maladies cardiovasculaires », rapporte le chercheur.
En plus des aliments portant la loupe nutritionnelle, l’étude s’est intéressée plus largement aux aliments ultratransformés. L’équipe a découvert qu’une diminution de 10 % de la consommation d’aliments ultratransformés était associée à des bénéfices similaires pour la santé du cœur à une diminution équivalente des aliments avec la loupe. « Il y a un certain recoupement, car plusieurs aliments ultratransformés sont riches en gras, en sel ou en sucre, mais la loupe, bien que simple et efficace, a des angles morts », souligne le professeur Drouin-Chartier. C’est le cas des boissons gazeuses diètes, dans lesquelles le sucre a été remplacé par des édulcorants. « Avec la loupe, des personnes qui consommaient des boissons gazeuses régulières vont peut-être se tourner vers la formule diète, mais il faut se demander si c’est une substitution optimale », soulève-t-il.
Les signataires de l’étude sont Lise Leblay, Jacob Lessard-Lord, Neha Khandpur, Jean-Sébastien Paquette et Jean-Philippe Drouin-Chartier.
Source :
ULaval communications
Université Laval











